• Malachai

    Roi de piques. Il marche sur les pavés défoncés d'une ville rapiécée, la voix comme le son que fait une guitare cassée, un chat dans la gorge et une bombe dans la tête. Il a un volcan surmonté d'un glacier dans le cœur, il se tempère, il y croit, il pense savoir le faire, mais sa voix brisée explose en des milliers de morceaux tandis que ses cheveux  se perdent sur sa nuque et devant ses yeux d'un sombre à en glacer le cœur d'une reine de conte de fées, celle-là même qui s'abrite sous un parapluie pour laisser intact son maquillage de film d'horreur. Il est là, Kai, pour faire chier son monde impunément, la tête couverte d'une capuche rapiécée, des patchs provoquant sur sa veste. Il est là pour faire chier son monde, ne pas être soumis, ne pas être celui qui a du bol avec les filles. Il sourit quand il se fait tabasser par les dealeurs du coin, un sourire de face qui masque une douleur en profondeur, il masque sa peine, sa tristesse à travers sa gueule d'enfant parsemée de cicatrices beaucoup trop présente pour son âge.
    Il hurle aux conducteurs qui passent au rouge d'aller se faire voir, il remet son sac sur ses épaules, il passe sa main dans sa crinière pour ensuite regarder d'un coup d'œil discret les blessures sur ses jointures. Il observe les croûtes de sang sécher qui forme des arabesques dans l'eau de son bain, il est là, il réfléchit aux constances de la vie, ange ou démon ? Écrivain ou lecteur ? Il claque les bouteilles d'alcool de sa mère contre les murs en espérant se faire enfin comprendre, une chose qui dépasse l'entendement lui bouffe le ventre, les bleus sur son torse lui arrachent des grimaces de douleur qui ressemblent plus à des sourires, ses yeux bercent les démons qui sortent du plus profond de son âme, le froid le mord, le faisant pâlir, alors, il souffle sur ses mains rougies par le froid et la violence pour espérer sauver un minimum de chaleur. Et il tousse quand le vieux toxico du coin de la rue lui envoie la fumée de son joint en pleine gueule, et il le regarde d'un air noir, voiler d'un espoir pratiquement mort-né, noyer. Il lâche sa clope et regarde la fumée s'élever dans les airs comme l'âme qu'il n'a jamais eut, il le croit dur comme fer du moins. Le froid le rattrapera toujours de toute façon, l'air qui emplit ses poumons, la neige qui fait durcir son être entier, la tétanie qui le ronge à chaque fois qu'il regarde son père hurler contre lui.
    Ça sonne comme une litanie d'insulte quand les profs parlent de lui à demi-mots, il tire la tronche et ça paraît logique. Ses jambes allongées sur ce banc, la fumée s'envolant de sa bouche, ses doigts long et légèrement brune se laissant bien volontairement cramer. Il est là, ses écouteurs dans les oreilles comme pour vouloir échapper au bruit extérieur, mais ils sont là, lui martèle le cerveau sans cesse, ses sourcils se froncent, ça l'irrite, tout ce bruit qui couvre la musique qui fuse dans ses écouteurs, ça lui donne envie de hurler. 
    Cerveau déficient, cerveau de grand con pas bien berné par la connasse qu’est la vie. Il est là, toujours au même endroit, essayant d’oublier ces bruits de motos semblables à des voix stridentes, il oublie la voix de sa mère, celle rauque de son père, il veut oublier, se bercer d’illusions pour l’instant, pour un moment, pour une seconde. Il est la lune, il est la nuit noire, il est le contraire que tout le monde a en lui. Une ombre. Ils se font face lui et Wolf, Wolf et lui, lumière contre obscurité, mais ça reste de l’amour, quand les insultes fusent à cause d'un mot plus haut que l'autre, gosse amoureux qui donne des coups, il pourrait presque être son démon, Némésis magnifique. Et il rentre chez lui, claquant cette maudite porte qui grince, jetant un œil à ses parents assis sur le canapé comme des damnés ayant pour sentence d’avoir à se faire du souci pour leur garçon, ils squattent l'appartement juste pour être sûr qu'il y rentre. Un sourire crispé glisse sur ses lèvres rouges de sang et un peu bleuies par le froid glaçant de l’hiver. Malachai fait l'amour comme il fait la haine, il s’insinue dans les esprits et laisse une marque rougeâtre semblable à un suçon, blessure qui marque le cœur et l’âme, marque semblable à celle que laisse un baiser trop puissant. Malachai il semble dénué d'identité, pourtant il en a bien une, il essaie de s'en débarrasser à chaque fois qu'il croise la lune, il se dit qu'il change de nom. Kai il arrive à être doux, compréhensif, Kai il arrive à aimer, à sourire, il calme juste la tempête de son être, ça arrive, parfois. 


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 10 Août 2016 à 10:59

    Wow ! Superbe blog ! Vraiment !

    2
    Mercredi 10 Août 2016 à 20:45

    merci beaucoup :3 

    3
    Samedi 13 Août 2016 à 12:17

    Superbe description ! J'aime beaucoup !

    4
    Lundi 15 Août 2016 à 14:24

    Un blog toujours aussi magique et ce texte, waw !

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