• Maybe she's just a kid in love

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    « тишина...» Doucement, ça sonne comme un petit écho, une mélodie incomplète, comme les notes brisées d'un piano, mais, ça fait peur en même temps, ça donne l'envie incontrôlable de vomir. Ce bruit fait monter les larmes, ce petit mot qui impose le silence, ce mot qui le signifie. On entend, on essaie d'entendre, les cris dans le fond de la pièce, des cris entravés, des cris digne de ceux d'une enfant qui va mettre du temps à se reconstruire plus tard. C'est le bruit de la violence, le bruit du vent qui claque contre la fenêtre, c'est le bruit assourdissant d'une bombe. C'est un enfant sans nom retenu dans une pièce sans lumière, sans eau, sans nourriture. C'est le bruit d'une tête qui heurte parfois le sol sous les coups d'une personne sans visage. C'est une peau n'ayant pas été exposée au soleil, ou presque jamais, des bras trop fins des jambes trop blessés. Des chaînes autour des poignets. C'est une boîte à musique cachée dans l'obscurité dont la musique rend fou parce qu'on l'a entendu trop de fois. C'est une voix, un visage invisible qu'on ne peut pas supplier parce qu'un bâillon entrave notre bouche. C'est une petite fille vêtue seulement d'une chemise trop grande pour elle. C'est une salle poisseuse de sang et des yeux remplis constamment de larmes. C'est un marché noir, un marché d'enfant, bien caché dans l'ombre. C'est un bébé vendu au plus offrant, c'est un élevage comme à l'abattoir, c'est des enfants vendus illégalement pour être des esclaves. C'est la petite fille qui ne peut pas hurler, c'est cette voix bloquée par ce morceau de tissu puant la sueur et la transpiration. C'est la faim tiraillant l'estomac. C'est des enfants numérotés un par un au fer rouge, juste en bas du dos, comme du bétail, même les plus précieux y passe, comme dans un film d'horreur, là aussi les cris sont interdits, les baillons resserrer ou les bouches occupées par autre chose, par une chose bien plus horrible qu'un chiffon sale. C'est la douleur ressentit partout, c'est les nouvelles drogues testées sur ces enfants, des centaines mourantes. C'est la petite fille, pleurant de douleur quand le fer rentre en contact avec sa peau blanche, laissant à jamais une trace hideuse dans le bas de son dos. C'est le refus, malgré les tentatives de vendre son corps, son corps d'enfant, de bébé, d'enfant. Comment refuser alors qu'on ne comprend pas ce qui se passe ? Comment, elle, on l'avait épargné ? Elle ne se souvenait plus. Depuis sa naissance, ça n'avait qu'était noir, puis parfois, le soleil se montrait et elle voyait du blanc. Puis, un jour, la libération. C'était l'armée, peut-être, ou de la police. Peut-être qu'ils avaient entendu finalement les lamentations des enfants les plus vieux ? D'abord, il y avait eu le bruit des dossiers renversés au sol, des dossiers pleins de photos, de photographies de ces enfants, dans des postures audacieuses, dans l'état de leur arrivée. Tous numérotés, sans prénom ou nom propre, juste des numéros, juste des listes de produits, d'expériences. Des enfants n'ayant pas appris à parler, des enfants innocents victime d'une ancienne guerre, des enfants dont les parents ont trépassé, sont partis rejoindre le dieu des souterrains. « како ти је име ? » Un nom ? Elle n'en avait pas, juste un numéro, un code. Elle n'avait jamais parlé, jamais, comment répondre ? Il fallait apprendre, il fallait bien s'exprimer, qu'importe la langue, elle savait parler, elle savait, mais n'avait jamais essayé, comme tous les autres, il y avait la voix dans sa tête, sinon elle serait devenu folle. La sensation d'une bouche pâteuse, d'une langue un peu engourdie et d'une voix jamais entendue encore. « Но наме...» Et, elle disait la vérité, elle n'avait pas de nom, juste un numéro, elle n'aimait pas ce numéro, il faisait mal à la peau et à l'âme. Puis, il y avait eu la sensation d'être détaché des chaînes, les poignets engourdis, et la sensation d'être au-dessus du sol, un peu comme un avion en hauteur. Elle se souvenait, de la lueur du soleil, de se coucher de soleil. Ces yeux avaient mis du temps a s'adapter au rose de ce soleil, ce soleil ce couchant sur Sarajevo, elle l'avait vu, pour la première fois de sa vie. Le second souvenir était de l'eau, de la couleur de l'eau. Un vert ? Un vert bizarre, presque marron, cinq ans de crasse, cinq ans de peur, et maintenant enfin du confort et de l'amour ? « хвала...» Pourquoi elle remerciait cette dame ? Parce qu'elle avait à manger, de l'eau, et du savon. Parce que, qu'avant, il n'y avait une douche que pour les jours de ventes. Parce que la peur, la crasse, la douleur, faisait partie de ce quotidien. Il y a eu ensuite, le jour du prénom. Devant un livre de mythologie, l'histoire d'Écho et de Narcisse, c'était une belle histoire, triste. « Ви немате име, зар не? А ако аппеллаис Ецхо? » Elle n'avait pu qu'acquiescé, la dame venait de lui demandait si elle aimerait s'appeler Écho, qui n'aimerait pas ? Ces petits doigts avaient froissé le papier sous le contentement. Elle avait un prénom maintenant, plus de chiffre ! Puis, une adoption. Elle avait été adopté, par un couple américain, un couple riche, sans enfant, un peu absent. Elle avait dix ans, elle avait passé cinq ans à travailler, travailler dur pour rattraper son retard, pour devenir une jolie jeune fille bien élevée, mignonne, sans problème d'élocution, sans rien. Elle avait réussi, l'anglais était une langue compliquée mais pas plus que le français, alors, elle avait appris encore plus dur. Elle ne se souvenait plus vraiment de comment avait été son déménagement, elle l'avait plutôt bien pris. Elle avait pris sa nounou dans ses bras, l'avait embrassé sur la joue, c'était un peu sa maman après tout. « И лове иоу Наноу... Ја ћу вас пропустити » Oui, elle allait lui manquer et elle l'aimait, après tout, elle lui avait rendu sa vie, sa petite vie insignifiante.  Les premiers jours dans sa maison furent effrayants. Elle avait beau crier, il n'y avait personne, personne pour sécher ses larmes d'enfants effrayer par le noir, personne pour remplacer sa nounou, personne ne voulant s'occuper d'elle. Quand elle allait dans le lit de sa nouvelle mère, il était vide. Toute seule, elle était toute seule. Et ça avait continué à l'école. « Dirty rich kid! You disgust us! » Pourquoi ? Pourquoi elle dégoûtait ces enfants ? Elle ne comprenait pas. C'était parce qu'elle avait enfin des beaux habits ? Elle pouvait leur donné s'ils voulaient, elle voulait juste des amis. Juste des amis. Les cauchemars ne s'arrêtaient pas, ils étaient plus violent, plus durs. C'était plus des souvenirs que des cauchemars au final. La vente, la peur, la douleur. Comment pouvait-elle savoir ? Un parcours exemplaire, les meilleures notes dans toutes les matières, l'envie simple d'être aimé. Pourtant, généralement quand tu es intelligent et que tu as de bonnes notes tu n'as pas franchement aimé par les autres. « Stupid bitch ! » Le harcèlement, c'était rien comparé à tout ce qu'elle avait déjà vécu, mais ça faisait mal d'être harcelé, de retrouver ces affaires baignant dans les toilettes des filles, personne n'a jamais aimé ça, personne. Et si quelqu'un avait aimé elle aurait aimé le rencontrer en personne. Le départ de la maison, pour un endroit plus misérable, pour apprendre la vie "à la dur", parce qu'elle avait été trop gâtée ? Peut-être.


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    Mercredi 27 Mai 2015 à 22:15
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