• O.S : If only I could change

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    Il est là, regardant le marbre de cette salle de bain luxueuse avec des yeux envieux. Il a toujours été de ceux qui se font invités, de ceux qui se saignent en bossant, de ceux qui laissent la sueur glisser sur leurs fronts. Il soupir, clignant rapidement des yeux, il essaie peut-être d’éloigner les fantômes du passé, les illusions qui emprisonnent son esprit déjà trop troublé, trop dégommer par un passé qui le hantera sans doute longtemps. Derrière lui, son client grogne, animalement, comme le porc qu’il est. Homme de vertu, c’est ce qu’on penserait en voyant Achille en premier lieu, il n’est pourtant pas ce demi-dieu, il n’est pas l’amant de Patrocle, il n’est rien du tout à vrai dire, il ne croit pas être important. Le sang dégouline maladroitement de sa lèvre inférieure, les bleus des suçons glissent sur sa peau, c’est pourtant interdit dans son métier, accepter les traces, accepter les maltraitances physiques, il doit dominer et ne pas être dominé, c’est ce qui était demander, être toujours plus fort que les autres, être toujours plus. Les muscles d’Achille se dessinent sous le t-shirt qu’il vient d’enfiler, t-shirt qui s’envole ensuite dans la pièce, témoin de la décadente luxure qui prend place dans la chambre. Il soupire, il est enivré, il est payé, tout va bien, son cœur bat plus lentement, l’odeur de cigarette emplie cette chambre d’hôtel. Il se revoit, Achille, jeune, innocent, perdu dans son monde un peu trop idéaliste, son monde d’enfant sage, le malheur n’avait pas tâché ses traits, la douleur n’avait pas marqué sa peau, maintenant, le malheur et la douleur se rejoignent dans un ébat qui couvre l’entièreté de son être. Il est brisé, des cicatrices ornent son dos, son torse, la ligne de ses bras, des cicatrices signes qu’il ne s’est jamais vraiment défendu. Il fume, il se souvient des coups, il se souvient des brûlures dans le bas de son dos, il se souvient, c’est un fléau de se souvenir n’est-ce pas ? Une musique emplit la chambre, le client, l’amant, l’amour, il a touché à la radio, il a touché à la télé, ils chantent les paroles d’une chanson qu’Achille perçoit comme presque antique, la mélodie d’un violon, la voix d’un ténor, le goût de cet homme ne lui plaise pas, mais cette voix apaise tout de même son cœur brisé, son cœur taillé. Les heures passent, la musique change, le ciel change de couleurs, c’est ainsi que va le monde, c’est ainsi que va le temps. Le regard de l’homme plus vieux se raidit, se durcit, le regard d’Achille s’adoucit, ses yeux verts se baladent à travers la pièce, l’ambiance est froide, beaucoup trop. Un tissu se couche sur le dos du plus jeune, sur l’Apollon aux yeux verts, un sourire né sur ses lèvres, il n’est pas qu’une « pute », il n’est pas que l’attraction du mec à la cigarette, il est la naissance, il est l’amour, il est la douceur, Achille il est tout ça, il a toujours tout été. Il se lève, évitant les lèvres mentholées de son partenaire, il ne veut pas, il ne deviendra pas accro, il ne retombera pas dans cette dépendance, pas cette dépendance. Il recoiffe ses cheveux blonds, presque bruns, il se dirige vers la porte, la claque, il s’enfuit, lâche, ouais, il est lâche. Un t-shirt sur le dos il slalome entre les gens de la haute, il slalome dans la rue, il évite la foule, il a un regard crève-cœur. Le soir venu, il déambule, un fantôme pâle aux yeux verts émeraude. Il se raccroche à la lumière de cette lune traîtresse parfois rousse et parfois bleue.  La douleur de l’enfance est gravée sur ses traits enfantins et pourtant trop adulte, son regard est dur, intransigeant, il regarde ces hommes avec la maturité d’un sage, est-ce qu’il en a envie ? Non. Il ne veut pas, il ne veut pas réfléchir, il ne veut que de l’argent pour le moment, il veut oublier ce sentiment qui le ronge, et sans prévenir il se retrouve dans cette voiture noire, ornée de cuire, sentant le musc, il reconnaîtrait cette odeur entre mille. L’homme parle, il lui tire les cheveux, le regarde dans les yeux, Achille ne peut rien faire, ne peut rien dire, son ventre s’enflamme, son sourire se montre, ses lèvres tremblent et pourtant, il est solaire à cet instant précis, quand ses lèvres se crashent contre celles de l’autre, ses lèvres rosées se teinte vite d’un rouge précieux, d’un rouge aimant. Le traquenard ? Il ne le sent pas, il ne devrait pas le sentir, tout était parfait jusque-là, tout était doux, tout sauf traînant, tout va vite, et il se sent bien. Il ne comprend pas, le bruit de sirène de police au loin, il ne comprend rien jusqu’à ce que des menottes froides glissent sur ses poignets ; On l’accuse, l’homosexualité est une tare en Russie, l’homosexualité est une tare partout, pour beaucoup de gens. Il tremble, un jean sur ses jambes, ses bras attachés dans son dos, ce n’est pas drôle, ça ne sera jamais drôle. Achille comprend, Achille se tend. Il regarde le grillage qui entoure la demeure de son amant, de son amour, il tremble presque, lui, il n’est pas assez puissant pour être épargner, il n’est que du bas peuple et il est prisonnier. 


     

    COUCOU LES GENS ! 

    Alors, voilà un O.S que j'ai écris pour le concours lancé par Naeri j'espère donc être à la hauteur avec ce petit One shot de 894 mots. 

    Des bisous sur vous, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. 


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 27 Mars 2016 à 16:19

    J'ai tout bonnement adoré ! Je n'ai pas très bien compris l'image et puis je suis arrivée à la fin et là tout s'est éclairé...

    Tu écris vraiment bien, j'adore ta façon de tourner les phrases, de raconter une histoire, vraiment. C'est prenant, enivrant. Tu nous entraines, ne nous lâche plus. Tes mots glissent sous nos yeux et se fondent dans notre esprit. Certaines phrases tournent dans notre tête, c'est extra. Bravo pour cette œuvre ! Vraiment, bravo !

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